vendredi 2 novembre 2012

VARANASI


"Seul je vie sur les traces d'un destin
Destin qui n'est que pas le mien mais  un destin commun
Car pour tous c'est ici que notre route céleste prendra sa fin dans un dernier bain " L.F


Existe-t-il une ville à la fois aussi sale et sacrée que Varanasi ? À la fois aussi terrifiante et ensorcelante ?
Véritable révélateur de l'Inde, Varanasi est le lieu où l'on vie, ou l'on meurt, où l'on brûle, où l'on se purifie. Vivants et morts se lavent dans la même eau du "Holly" Gange, la mère de l'Inde qui féconde la terre et lave des pêches

 
La lumière y est différente, blanche et brumeuse, à la fois douce et éblouissante. Le Gange y est omniprésent, à la fois paisible et puissant.
Les ghats ne désemplissent pas au petit matin et au crépuscule quand se déroulent les pujas, cérémonies hindoues.



Les ruelles qui longent le Gange voient passer des pèlerins, des touristes, et des cortèges funéraires. 
Assis dans une échoppe, on voit 4 hommes porter un lit fleuri sur leur épaules, on devine des cheveux noirs, des pieds puis un visage...le corps d'une défunte qu'on achemine pour son dernier voyage jusqu'au chat de crémation. 
Elle semble sourire et a les yeux ouverts comme si elle observait les rues et le ciel défiler une dernière fois depuis son lit de mort. Sans doute est-elle heureuse de mourir ici sur les berges du fleuve sacré et de stopper ainsi le cycle des renaissances.

Les deux scarabées que nous sommes arrivons au petit matin. Pour dejouer les rabatteurs et conducteurs de tuk-tuk de tous poils qui vous crient des prix sans savoir ou vous allez, mais aussi pour sortir des bras de Morphee, on prend un petit chai. 

Je repense aux beaux paysages qui defilaient derriere les barreaux de la fenetre du train. Je me suis demandee comment vous restituer ces tableaux qui seduisent meme des yeux encore embrumes par le sommail : rizieres, palmiers, lacs, champs. 

Et la description erait incomplete sans parler de ses culs baisses car comme partout en Inde, le bords des voies ferrees se transforment en toilettes au petit matin ! 

Ne vous laissez pas impressionner a l'arrivee a Varanasi : il est possible de sauter dans un rickshaw collectif qui vous deposera, pour une poignee de roupies, au bord de la vieille ville. Comme partout, il suffit juste de s'eloigner un peu de la gare a pied. 

Arrivee sur les ghats, les yeux et le nez qui picotent, le coeur qui bat plus vite, les larmes monter, melange d'emotion, de souvenir, mais surtout touchee (coulee) par la lumiere... 

Haaaa la lumiere qui baigne Varanasi le matin... tout un poeme. Et n'est-ce pas cette lumiere que je cherche en voyage ? Cette lumiere capricieuse que je tente de capturer avec mon appareil photo ? C'est d'ailleurs a Varanasi que j'ai la premiere fois pris des photos avec un Reflex qu'une voyageuse m'avait...prete il y a 12 ans ! 
Cela a ete le debut d'un grand amour (avec la photo, pas avec la fille). 

De nombreuses Guesthouse vous ouvrent les bras a Varanasi, notre preference va a la modeste Vishnou Guesthouse pour son cote bleute retro, son temple dans son enceinte et sa vue imprenable sur le Gange. 

On y voit les pelerins circuler sur les ghats du soir au matin, des barques naviguer sur le Gange, des laveurs de linge et meme des nageurs temeraire (ou qui ont beaucoup de peches a se faire pardonner ?!) braver les turbulence du Gange pour nager jusqu'a l'autre rive. C'est vrai qu'un courant semble les y emmener comme un ascenseur. 




Et peut-etre que vous aurez la chance de voir un dauphin ?? Si si apres avoir fait face au septiscisme des uns et des autres, et mener quelques recherches... il existe bien une race de Dauphins dans le Gange (dont mqnifestement je suis la seule a avoir vu un specimen. (Appel a temoin : si quelqu'un a vu le Dauphin du Gange...).



 

A la nuit tombee, Varanasi vit toujours et se rempli d'etoiles, petites bougies ephemeres sur le Gange et sur les ghats, et meme...autour des "holly" bouses de vaches...


Massage energique sur les bords du Gange

























































LUCKNOW


"S'est-il passé un jour sans que j'y pense
Oh toi royaume de la connivence 
Convoitée par les princes, les rois et l'exubérance 
Je ferai de toi ma résidence
Pour mon peuple, la référence, joyaux par excellence
Le plus beau palais de la terre de mon enfance " L.F

Le train arrive à Lucknow au petit matin, au ralenti comme pour éviter de réveiller ses passagers. C'est comme ça que parfois vous vous réveillez en gare tous les autres passagers descendus.Ancienne capitale de la province Moghole d'Awadh (actuel Uttar Pradesh), Lucknow a été le foyer d'une culture cosmopolite raffinée et a scintillé comme une étoile au 19 eme siècle jusqu'a son annexion par les Britanniques. 


Sous l'impulsion de ses nawabs chiites d'origine iranienne, attachés à faire rayonner leur dynastie par le faste et les arts, Lucknow s'était  couverte de palais, de mosquées et de mausolées inspirés de l'architecture moghole, agrémentés de décors européens néoclassiques ou rococo. La destitution du dernier nawab Wajid Ali Shah par les anglais déclenche en 1857 la révolte des Cipayes (soldats indiens au service des Britanniques), qui sera considérée comme la première guerre d'indépendance indienne ! (Dont on voit les traces au monument du Regency).

De nombreuses raisons d'aller à Lucknow relativement à l'écart des circuits touristiques : entre gastronomie, architecture, histoire...



A toutes ces bonnes raisons s'ajoute une raison plus personnelle : la lecture du livre KIM de Kipling racontant la vie, au siècle dernier, d'un lama tibétain qui cherche en Inde une rivière sacrée et chemine dans tout le pays en compagnie d'un enfant mendiant indien (Kim) qu'il croit être un Chela (un esprit qui lui à été envoyé pour l'aider). Ce roman sert de prétexte à la description de l'Inde multiculturelle et évoque la métamorphose du continent indien a la faveur entre l'Ouest et l'Est. La rencontre entre un lama tibetain Ce joli binôme passe par Shimla (près de Manali) mais aussi à Lucknow, ville ou Kim ira à l'école St. François-Xavier. Ce roman donne tellement l'impression que ces personnages ont existé qu'il ne nous en faut pas plus pour partir sur leurs traces et nous mettre en quête de l'école de Kim à Lucknow. Plus tard, le roman nous accompagnera à Varanasi, Sarnath, Bodhgaya et même Calcutta. Notre itinéraire est tout tracé avec l'impression de vivre un roman !

Vue depuis l'hotel
Une difficulté dans cette nouvelle étape consiste à nous loger en ville : il semble que la plupart des hôtels n'acceptent pas les étrangers. Heureusement, le Mayur hôtel nous propose une petite chambre entre gare ferroviaire et gare routière. Pas le calme absolu mais du charme. Et pas le choix...

Les musts à Lucknow ? 

- Se régaler de kebabs, boulettes de viande hachée en tous genres. En revanche, malgré tous nos efforts, on n'a pas trouvé le fameux "Dum Puk", plat local de viande et de légumes cuits dans un pot de terre. On a essayé de se faire comprendre en déclinant du "doom pook", "dum pook", "dhum Puk".....sans succès.

- Voir défiler les rues étroites du marché, où chacun tente de se frayer un passage, depuis un cyclo-pousse qui tangue dangereusement, sans oublier de lever la tête pour admirer l'architecture toute droit sortie du passé. On dirait ces petits véhicules, desquels on croit tomber à chaque virage, tout droit sortis d'une fabrique pour mini pousses. Avec la capote rabattue au dessus de votre tête pour vous protéger du soleil, vous serez plié en 4 ! Louis en sait quelque chose.

- Faire un saut dans le quartier des boutiques chics qui souligne l'éclectisme de Lucknow entre l'ancien et le moderne.

- Enfin, et surtout visiter le grand Imambara et les monuments musulmans, Chota Imambara et Shah Najaf Imambara, ainsi que Sikandar Bagh. 






Dans le grand Imambara, on se marre dans le labyrinthe Bhulbhulaiya : "Ouais tu parles, fastoche, c'est pour les gosses" mais au bout de 5 minutes, silence radio...on est perdu ! 

- déambuler dans les ruelles marchandes voisines qui évoquent plus que jamais un souk marocain. Puis trouver un cyclo à moteur collectif pour rentrer les cheveux dans le vent.

Un personnage du livre Kim prend de la place dans notre esprit : un certain Mahbub Ali, influent marchand de chevaux et d'informations secrètes de Lucknow. On a l'impression de voir sa trace à chaque coin de rue : statue, tableau ou nom historique évocateur... Malheureusement, ici, les Mahbub et autres Ali se ramassent à la pelle et le livre date du siècle dernier. Nous l'aurons au moins rencontré en rêve et aurons marché dans les mêmes lieux magiques !
Nous laissons cette ville dernière nous à regret mais avec les images grandeur réelle de notre roman en tête. Lucknow, la rétro trop souvent oubliée dans les voyages de l'Inde du nord, mérite donc une visite et bien plus : l’Uttar Pradesh est l’Etat le plus peuplé d’Inde avec 167 millions d’habitants (Presque 3 fois la France) et cette réserve miraculeuse d’électeurs pourrait bien modeler l’Inde politique du futur.
 

jeudi 1 novembre 2012

DELHI Le retour

Retour à Delhi directement depuis Kaza : 12 heures de bus de jour jusqu'à Manali puis 12 heures de bus de nuit jusqu'à Delhi ! Si si c'est faisable et je n'ai jamais aussi bien dormi que sur le siege du bus !

Arrivée à Delhi, direction hôtel Down Town dans le quartier de  Pahar Gang qu'on rejoint en métro depuis la gare routière. 

On profite de quelques jours pour voir la Mosquée Jama Masjid, dite aussi grande mosquee de Shahjahânabâd, orgueil de l'architecture Moghole et plus grande du pays (elle peut accueillir 25000 fidèles !). Lieu certes spirituel mais aussi lieu de vie : des familles entières viennent s'asseoir sur le parvis. Le calme surprend quand on arrive du marché de Chandni chowk, voisin de la mosquée et artère dans laquelle bat le pouls de Old Delhi.
Il y a 12 ans, je me souviens avoir eu des soucis avec des enfants qui me jetaient du sable et faisaient des gestes obscènes quand j'étais passée. Ca me semble d'un autre temps mais l'effervescence reste fidèle à elle-même dans les ruelles bordées de bazards débordants de vie grouillante. 

Le soir, on cherche la Mosquée Chiite qu'on a du mal à trouver : elle se cache parmi des ruelles plus qu'étroites et labyrinthiques, là encore une vraie médina, notons d'ailleurs que le quartier chiite est mêlé à un quartier Sunite. Ça se bouscule, ça se serre, on couvre sa tête, on enlève ses chaussures dans une fervente cohue. Des centaines de personnes se pressent pour entrer ou sont déjà à l'intérieur. C'est la Grande prière du jeudi soir.... qui sera suivie par des chants soufis. L'ambiance est à la fois exaltée, avec des personnes qui crient ou gémissent derrière des moucharabié, et festive... en bref très intense. Seule alternative : s'asseoir et observer cette ruche.

Ne pas hésiter à s'aventurer jusqu'au tombeau d'Humayun, un bijou d'architecture Moghol de gres rouge et marbre blanc qui aurait inspiré le Taj Mahal. Ballade romantique au creu des jardins de style persan où des couples se balladent main dans la main avec les écureuils. Une fois encore, un havre de paix au milieu de l'effervescence de Delhi. 

Rappelons que Delhi n'est pas de tradition hindoue, ici pas de ghats ni de temples sacrés. Une succession de conquérants turcs et Afghans y imprimèrent plutôt un caractère musulman.
Enfin, nous avons une autre mission à remplir : Louis a en sa possession, depuis plus de 10 ans, une statuette de bouddha qu'il a toujours sur lui mais celui n'a jamais été "activé" : sur les conseils de Lama Palden de Dankar, il faut peindre ses yeux comme pour les lui ouvrir mais aussi le remplir de différents éléments avant fermer avec petite plaque de cuivre. Alors seulement, la statuette sera prête pour une Puja, une cérémonie...
Ceux qui pourront effectuer cette opération sont des tibétains... qu'il nous faut trouver à Delhi dans le quartier des réfugiés. Ce quartier est un peu excentré mais on fini par trouver. Le cadre entre voie rapide aérienne et quartier de distribution de repas au plus démunis indiens (par les tibétains), on est bien loin du toit des montagnes. Pourtant, on retrouve dans un marché ces visages et sourires propres aux tibétains. Le monastère ou nous sommes parvenus confirme que nous sommes sur la bonne voie. On interpelle un moine à propos de notre affaire. Il nous indique un temple un peu plus loin où on rencontre un moine seul. Il est tard, il fait déjà nuit mais voilà le moine qui ausculte notre statuette et nous fait signe de le suivre à l'étage ou on rencontre un troisième moine fort sympathique. Ce dernier a des lunettes mais les branches sont cassées, si bien qu'on se demande comment elles tiennent comme par magie sur son nez...à la manière d'un monocle. Dans la pièce, un capharnaüm de sacs d'amulettes, statues de Bouddha, plaques de cuivre, outils, petits rouleaux de mantras enroulés dans du fil et dont on rempli les statuettes... Pas de doute, on est au bon endroit, dans le temple de la préparation des statues ! Nos deux moines s'affairent autour de la notre. La difficulté ? L'objet en question est petit et les moines semblent avoir l'habitude de travailler sur de plus imposantes statues. Les lunettes monocles serviront plus que jamais pour finaliser la fermeture avec la plaque de cuivre puis revêtir le tout d'un tissu rouge et velouté. Pas de peinture sur les yeux mais la statue, à la façon d'une mariée qu'on apprête, peut désormais recevoir la bénédiction du moine : posée devant lui sur le sommet d'une bouteille d'eau, elle semble, d'un sourire impassible, recevoir les mantras récités par le moine, et nous aussi comme des enfants sages. Le dialogue Bouddha-moine se termine quand celui-ci appose la statuette sur sa tête, geste d'usage en présence d'une représentation de Bouddha. Une petite donation dans la boite prévue à cet effet dans le temple et nous voilà repartis avec l'impression du "devoir accompli" mais surtout encore émus par ce moment pittoresque partagé avec les moines. Ce soir la statuette rayonnera de milles feux sur son étagère.


Enfin, ne pas oublier de prendre le métro, moderne, propre presque aseptisé avec des contrôles vigie pirate à chaque angle. Des lignes très disciplinées s'organisent sur le quai...on pourrait se croire au Japon. Puis le métro arrive, les portes s'ouvrent et là...oubliée toute discipline, chacun se rue dans le wagon devant lui en poussant, une précipitation impressionnante... Pas de doute, nous sommes bien en Inde. Seuls wagons épargnés : ceux réservés aux femmes,"Women only", que je teste avec plaisir. Je vois Louis écrasé et baignant dans des effluves de sueur pendant que je suis gentillement assise dans une atmosphère de poupées parfumées !! Il me regarde avec envie a 3m de là dans le wagon voisin. Notons que les hommes respectent consciencieusement la zone et seuls leurs regards se posent dans les wagons "Women only"